Amnesty International dénonce de graves violations des droits de l'Homme dans l'Afrique des Grands Lacs
Qu'il s'agisse du Rwanda, de la RDC, de l'Ouganda, ou du Burundi, l'ONG de protection des droits de l'homme Amnesty international enregistre cette année, dans son rapport annuel 2011, de graves violations des droits de l'homme. Passage en revue.
Au Rwanda, Amnesty International déplore une régression de la liberté d'expression : journalistes, défenseur des droits humains, hommes politiques, ont subi pressions et intimidations, dans le contexte de l'élection présidentielle de 2010, qui a reconduit Paul Kagamé à la présidence de la République, avec 93% des suffrages. Amnesty International cite les fermetures des journaux Umuvugizi et Umuseso, l'assassinat du journaliste Jean-Léonard Rugambage, la disparition de proches de Laurent Nkunda, dont Robert Ndengeye Urayeneza, qui serait détenu par l'armée rwandaise. Amnesty International fait part de son inquiétude quant à l'arrestation de deux politiques, Victoire Ingabire, et Bernard Ntaganda. Des officiers supérieurs, comme Rugigana Ngabo, le frère de Nyamwasa Kayumba, ont été placés en détention sans jugement.
Au Burundi voisin, Amnesty fait le même constat : "Le gouvernement a intensifié les restrictions imposées à la liberté d’expression et d’association pendant et après les périodes électorales. Les défenseurs des droits humains et les journalistes étaient de plus en plus en danger." Le 8 juin, le gouvernement a décidé de l'interdiction de réunions de l'opposition, suite à la décision prise par l'ensemble des partis d'opposition de boycotter la présidentielle. Les nations unies ont comptabillisé 62 arrestations arbitraires, dues à des motifs politiques, entre le 1er mai et le 20 juillet. Entre le mois d'aout et le mois d'octobre, les observateurs des nations unies ont recensé neuf exécutions extra-judiciaires. Parmi eux figuraient trois membres des FNL, un parti d'opposition. La situation des défenseurs des droits humains n'est pas plus brillante : En mars, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH) et Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), ont déclaré se trouver sous surveillance et ont averti de l’existence de possibles complots visant à les faire assassiner. En mai, Pierre Claver Mbonimpa a été convoqué par le ministère public à des fins d’interrogatoire sur les activités qu’il avait menées dans le cadre de la campagne Justice pour Ernest Manirumva. Les journalistes ont également à pâtir de la restriction de la liberté d'expression : "En juillet, Jean-Claude Kavumbagu, rédacteur en chef de l’agence de presse en ligne Net Press, a été arrêté à la suite d’un article mettant en cause la capacité des forces de sécurité burundaises à protéger le pays d’une attaque du groupe armé somalien Al Shabaab. Il a été inculpé de trahison – chef qui, aux termes du droit burundais, ne peut être appliqué qu’en temps de guerre."
En Ouganda, en 2010, Amnesty a recensé de nombreux épisodes de violence liées aux élections. En janvier 2010, la police a arrêté 35 militantes de la coalition pour la coopération entre les partis, à qui elle a fait subir des violences et des humiliations en détention. "Les rassemblements publics des principaux responsables de l’opposition, de même que leurs prises de parole dans les médias, en particulier dans les débats radiophoniques, ont été annulés ou entravés par la police ou d’autres organes de l’État. " Par ailleurs, des dizaines de personnes auraient été tuées dans des circonstances controversées par des soldats de l’armée régulière qui participaient à des opérations de sécurité et de désarmement dans la région de Karamoja (nord-est du pays). Suite à l'attentat terroriste revendiqué par des militants islamistes somaliens en juillet, qui a fait 76 morts, de nombreux individus ont été appréhendés, parfois de manière arbitraire : "Mbugua Mureithi, avocat kenyan, et Al Amin Kimathi, responsable du Forum musulman des droits humains, une ONG basée au Kenya, ont été arrêtés en Ouganda en septembre. Les deux hommes étaient venus assister au procès de six Kenyans inculpés d’actes de terrorisme en lien avec les attentats de Kampala. Mbugua Mureithi a été détenu au secret pendant trois jours avant d’être expulsé vers son pays. Al Amin Kimathi a été placé au secret durant six jours avant d’être poursuivi pour actes terroristes et homicide dans le cadre des attentats de juillet. Les autorités ougandaises n’ont donné aucune précision sur les accusations dont il faisait l’objet ; il semble avoir été appréhendé et inculpé uniquement pour avoir exercé ses activités légitimes de défenseur des libertés fondamentales. Al Amin Kimathi se trouvait toujours en détention à la fin de l’année. " Par ailleurs deux projets de loi, s'ils sont adoptés, font craindre une restriction des libertés individuelles. Un projet de loi prévoit de refuser l'octroi de licences à des organes de presse, en invoquant des motifs généraux et vagues, tels que la sécurité nationale. Et "La proposition de loi relative à la lutte contre l’homosexualité (2009) était toujours en cours d’examen par le Parlement. Ce texte risquait d’aggraver la discrimination à l’égard des lesbiennes, des gays, des personnes bisexuelles et des transgenres, et d’entraîner de nouvelles violations de leurs droits fondamentaux."
Mais c'est certainement en RDC que la situation des droits de l'homme est la plus dramatique. "Tout au long de l’année, des civils ont été victimes de graves violations des droits humains perpétrées par les forces gouvernementales et des groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Un groupe armé a assiégé Mbandaka en avril ; le gouvernement a repris le contrôle de la ville après deux jours d’affrontements, au cours desquels des soldats auraient commis des exécutions extrajudiciaires, perpétré des viols et procédé à des arrestations arbitraires. Des groupes armés congolais et étrangers se rendus coupables d’exactions, notamment de viols en masse contre plus de 300 personnes dans le Nord-Kivu en juillet et en août. Les services de sécurité ont également perpétré des violations des droits humains pour des motifs politiques. Floribert Chebeya, un défenseur des droits humains bien connu, a été tué en juin." Entre le 30 juillet et le 2 août, plus de 300 femmes, hommes et enfants ont été violés lors d’une série d’attaques lancées contre 13 villages du territoire de Walikale (Nord-Kivu) par une coalition composée des FDLR, des Maï Maï et de déserteurs des FARDC. Le 5 avril, le caméraman Patient Chebeya a été tué par des hommes armés devant chez lui, à Beni (Nord- Kivu).
Consultez ci-dessous les deux rapports Amnesty International.
Au Rwanda, Amnesty International déplore une régression de la liberté d'expression : journalistes, défenseur des droits humains, hommes politiques, ont subi pressions et intimidations, dans le contexte de l'élection présidentielle de 2010, qui a reconduit Paul Kagamé à la présidence de la République, avec 93% des suffrages. Amnesty International cite les fermetures des journaux Umuvugizi et Umuseso, l'assassinat du journaliste Jean-Léonard Rugambage, la disparition de proches de Laurent Nkunda, dont Robert Ndengeye Urayeneza, qui serait détenu par l'armée rwandaise. Amnesty International fait part de son inquiétude quant à l'arrestation de deux politiques, Victoire Ingabire, et Bernard Ntaganda. Des officiers supérieurs, comme Rugigana Ngabo, le frère de Nyamwasa Kayumba, ont été placés en détention sans jugement.
Au Burundi voisin, Amnesty fait le même constat : "Le gouvernement a intensifié les restrictions imposées à la liberté d’expression et d’association pendant et après les périodes électorales. Les défenseurs des droits humains et les journalistes étaient de plus en plus en danger." Le 8 juin, le gouvernement a décidé de l'interdiction de réunions de l'opposition, suite à la décision prise par l'ensemble des partis d'opposition de boycotter la présidentielle. Les nations unies ont comptabillisé 62 arrestations arbitraires, dues à des motifs politiques, entre le 1er mai et le 20 juillet. Entre le mois d'aout et le mois d'octobre, les observateurs des nations unies ont recensé neuf exécutions extra-judiciaires. Parmi eux figuraient trois membres des FNL, un parti d'opposition. La situation des défenseurs des droits humains n'est pas plus brillante : En mars, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH) et Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), ont déclaré se trouver sous surveillance et ont averti de l’existence de possibles complots visant à les faire assassiner. En mai, Pierre Claver Mbonimpa a été convoqué par le ministère public à des fins d’interrogatoire sur les activités qu’il avait menées dans le cadre de la campagne Justice pour Ernest Manirumva. Les journalistes ont également à pâtir de la restriction de la liberté d'expression : "En juillet, Jean-Claude Kavumbagu, rédacteur en chef de l’agence de presse en ligne Net Press, a été arrêté à la suite d’un article mettant en cause la capacité des forces de sécurité burundaises à protéger le pays d’une attaque du groupe armé somalien Al Shabaab. Il a été inculpé de trahison – chef qui, aux termes du droit burundais, ne peut être appliqué qu’en temps de guerre."
En Ouganda, en 2010, Amnesty a recensé de nombreux épisodes de violence liées aux élections. En janvier 2010, la police a arrêté 35 militantes de la coalition pour la coopération entre les partis, à qui elle a fait subir des violences et des humiliations en détention. "Les rassemblements publics des principaux responsables de l’opposition, de même que leurs prises de parole dans les médias, en particulier dans les débats radiophoniques, ont été annulés ou entravés par la police ou d’autres organes de l’État. " Par ailleurs, des dizaines de personnes auraient été tuées dans des circonstances controversées par des soldats de l’armée régulière qui participaient à des opérations de sécurité et de désarmement dans la région de Karamoja (nord-est du pays). Suite à l'attentat terroriste revendiqué par des militants islamistes somaliens en juillet, qui a fait 76 morts, de nombreux individus ont été appréhendés, parfois de manière arbitraire : "Mbugua Mureithi, avocat kenyan, et Al Amin Kimathi, responsable du Forum musulman des droits humains, une ONG basée au Kenya, ont été arrêtés en Ouganda en septembre. Les deux hommes étaient venus assister au procès de six Kenyans inculpés d’actes de terrorisme en lien avec les attentats de Kampala. Mbugua Mureithi a été détenu au secret pendant trois jours avant d’être expulsé vers son pays. Al Amin Kimathi a été placé au secret durant six jours avant d’être poursuivi pour actes terroristes et homicide dans le cadre des attentats de juillet. Les autorités ougandaises n’ont donné aucune précision sur les accusations dont il faisait l’objet ; il semble avoir été appréhendé et inculpé uniquement pour avoir exercé ses activités légitimes de défenseur des libertés fondamentales. Al Amin Kimathi se trouvait toujours en détention à la fin de l’année. " Par ailleurs deux projets de loi, s'ils sont adoptés, font craindre une restriction des libertés individuelles. Un projet de loi prévoit de refuser l'octroi de licences à des organes de presse, en invoquant des motifs généraux et vagues, tels que la sécurité nationale. Et "La proposition de loi relative à la lutte contre l’homosexualité (2009) était toujours en cours d’examen par le Parlement. Ce texte risquait d’aggraver la discrimination à l’égard des lesbiennes, des gays, des personnes bisexuelles et des transgenres, et d’entraîner de nouvelles violations de leurs droits fondamentaux."
Mais c'est certainement en RDC que la situation des droits de l'homme est la plus dramatique. "Tout au long de l’année, des civils ont été victimes de graves violations des droits humains perpétrées par les forces gouvernementales et des groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Un groupe armé a assiégé Mbandaka en avril ; le gouvernement a repris le contrôle de la ville après deux jours d’affrontements, au cours desquels des soldats auraient commis des exécutions extrajudiciaires, perpétré des viols et procédé à des arrestations arbitraires. Des groupes armés congolais et étrangers se rendus coupables d’exactions, notamment de viols en masse contre plus de 300 personnes dans le Nord-Kivu en juillet et en août. Les services de sécurité ont également perpétré des violations des droits humains pour des motifs politiques. Floribert Chebeya, un défenseur des droits humains bien connu, a été tué en juin." Entre le 30 juillet et le 2 août, plus de 300 femmes, hommes et enfants ont été violés lors d’une série d’attaques lancées contre 13 villages du territoire de Walikale (Nord-Kivu) par une coalition composée des FDLR, des Maï Maï et de déserteurs des FARDC. Le 5 avril, le caméraman Patient Chebeya a été tué par des hommes armés devant chez lui, à Beni (Nord- Kivu).
Consultez ci-dessous les deux rapports Amnesty International.
Jean-bernard Gervais