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Sarkozy à Kigali : la vraie rupture avec la Françafrique ?

Image removed.La visite de Bernard Kouchner, en janvier dernier au Rwanda, n’aurait eu d’autre visée que de préparer celle en février prochain de Nicolas Sarkozy himself ! Selon le journal rwandais New Times, la visite devrait s'effectuer le 26 février prochain. Mais elle fait écho à de nombreuses rumeurs. Qui, elles, annonçaient la venue du président rwandais Paul Kagamé sur le sol français.
En effet, peu après la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda, à la faveur d’une discrète visite de Claude Guéant à Kigali, on annonçait la présence de Paul Kagamé à la réunion des représentants des pays de la commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac) le 16 décembre dernier. Fausse rumeur : le président rwandais y a envoyé un émissaire. Cette fois, un passage, même bref, de Nicolas Sarkozy à Kigali semble plus que probable. En tous les cas, s’il se réalisait, ce voyage officiel constituerait en soi une véritable rupture avec ses prédécesseurs, Chirac en tête. Il est vrai que, depuis l’entrevue de Kagamé et Sarkozy en septembre 2008 à New York au siège de l’ONU, le contentieux politico-judiciaire entre les deux pays a fait… pschiitt ! L’arrestation très médiatique de la chargée de protocole de Kagamé, Rose Kabuye, a permis au pouvoir rwandais d’avoir accès au dossier d’instruction du juge Jean-Louis Bruguière, qui avait émis des mandats d’arrêts internationaux contre des membres de l’armée et du gouvernement rwandais, accusés par le juge anti-terroriste d’avoir fomenté l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana en avril 1994, signe déclencheur du génocide. Entre-temps, les témoins clés de l’instruction de Bruguière, Emmanuel Ruzigana et Abdul Ruzibiza, sont revenus sur leur version des faits, vidant le dossier de toute charge contre le pouvoir rwandais. Rien ne s’empêchait à une reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. Mais de là à parler de réconciliation… La France ne semble pas prête à faire repentance, et le Rwanda ne va pas non plus de sitôt passer l’éponge sur les responsabilités de la France dans le génocide. Il reste que la France semble contrainte à la réconciliation. Pour plusieurs raisons. Consciente qu’elle perd pied dans une Afrique de plus en plus courtisée, par la Chine mais aussi les Etats-Unis, la France souhaite faire du bizness avec la RDC. Et n’a pas oublié que le Rwanda reste la porte d’entrée du Sud et Nord Kivu. Certains des amis proches de Sarkozy, comme Vincent Bolloré, souhaiterait prendre des participations dans les mines de cobalt, cuivre, diamants, du de l’Est du Zaïre. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs proposé un plan de partage des richesses congolaises entre la France et le Rwanda l’an dernier, qui avait soulevé un tollé en RDC.

Sur le plan géopolitique, il est aussi fort à parier que les Etats-Unis ont dû « obliger » ses deux alliés que sont Kagamé et Sarkozy, à se réconcilier sur l’autel de la realpolitik. Barack Obama aura en effet besoin des uns et des autres pour neutraliser le président soudanais Omar El Bechir

Par ailleurs, d’un strict point de vue de politique intérieure, un déplacement de Sarkozy à Kigali damerait le pion à Dominique de Villepin, son ennemi juré, accusé d’avoir pris sa part de responsabilité dans le génocide rwandais…

Au-delà des polémiques politico-politiciennes, reste que les Rwandais, dans leur grande majorité, ne se posent guère qu’une seule question : Sarkozy présentera-t-il ses excuses au peuple rwandais pour l’implication de son pays dans le génocide ? S’il le faisait, Sarkozy pourrait se targuer d’avoir réussi une belle rupture avec la politique menée par la France à l’endroit du Rwanda…

Jean-Bernard Gervais

Jean-bernard Gervais