Pour Nyamwasa, Kagamé est comparable à Kayibanda, Habyarimana et Amin Dada
Kayumba Nyamwasa ne pouvait pas ne pas répondre à l'interview de Paul Kagamé accordée la semaine dernière au journal Monitor. L'ancien ambassadeur du Rwanda en Inde a adressé une réponse cinglante au chef de l'Etat rwandais, par le biais du quotidien ougandais, où il dénonce pêle-mêle les fausses accusations de corruption portées contre lui, l'instauration d'une dictature au Rwanda, les détournements d'argent de Paul Kagamé... Il revient également sur la guerre de libération menée par le FPR et révèle certains épisodes ignorés de tous...
"Quand j'ai quitté le Rwanda, je n'avais d'autre intention que de retrouver ma famille, commencer une nouvelle vie, oublier la politique et la diplomatie. J'espérais entamer une carrière d'universitaire ou de consultant, après avoir servi le président Paul Kagamé pendant 16 ans. Malheureusement, mon nom est sans cesse cité par les médias, et pour de mauvaises raisons. Après mon exil, le président Paul Kagamé a tenu une conférence de presse durant laquelle il a cru bon de qualifier Patrick Karegeya et moi-même de terroristes, de voleurs, de traitres et de déserteurs. Je me suis donc senti obligé de répondre au président Paul Kagamé. Le président Kagamé n'est pas honnête lorsqu'il affirme que notre exil est dû à des malversations, ou de la corruption. Nous avons choisi de quitter le Rwanda pour des raisons de mauvaise gouvernance, d'intrigue incessante, de trahison et de manipulation.
D'aussi loin que je me souvienne, tous mes biens ont été déclarés et je n'apparais à aucun moment sur la liste des officiels suspendus pour malversation. Le président Paul Kagamé aurait été trop heureux de pouvoir m'arrêter pour pareil motif. Bien au contraire, le président Paul Kagamé m'a toujours présenté comme un officier modèle.
Du temps de Kayibanda, les dissidents politiques étaient qualifiés de traitres. Plus tard, sous Habyarimana, ce dernier affirmait que ceux qui choisissaient l'exil le faisaient parce qu'ils avaient peur de la paix et de la tranquillité.
[…] Ces derniers temps, le président Paul Kagamé accuse ses opposants de négationnisme, terrorisme ou corruption. L'ensemble des Rwandais est censé chanter les louanges du régime, en claironnant que Kigali est la plus belle et la plus propre des capitales. Mais je crains qu'en termes de leadership, le Rwanda n'ait pas beaucoup changé. […]
Dans l'interview accordé au Monitor, le président Kagamé affirme qu'il n'est pas un dictateur parce que je n'ai pas été arrêté aussitôt arrivé au Rwanda. Laissez moi vous rappeler qu'avant d'être assassiné par Amin Dada, Ben Kiwanuka died et Bishop Luwum l'on rencontré. Cette rencontre fait-elle de Idi Amin Dada un démocrate ? […] Comment le président Kagamé peut-il justifier l'arrestation de ma femme et de mes enfants, leur expropriation et leur privation de passeport, alors même qu'ils ne sont mêlés en rien aux accusations que le Rwanda porte contre moi ? Pendant qu'il martyrisait ma famille, il préparait également une fête grandiose à Westpoint (école militaire de New York) en l'honneur de son fils, au frais du gouvernement rwandais.
J'ai sauvé la vie de son épouse à deux reprises pendant la guerre de libération, à un moment où tout le monde l'avait abandonné, à Nkana et Kanyantanga. Où étaient-ils, ceux qui osent me traiter de traitres ?
Le président Paul Kagamé s'étonne de voir autant de Rwandais choisir le chemin de l'exil. […] La réponse est simple. Dans une démocratie, en cas de conflit, les citoyens se tournent vers la justice. Dans une dictature, les citoyens fuient pour sauver leurs vies. Si un leader n'est pas capable de comprendre cela, il n'est pas en mesure de gouverner. "
jacques gasibirege