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Le Dr Munyemana, accusé de génocide au Rwanda, arrêté en France

Image removed.L'arrestation en France du docteur Sosthène Munyemana, accusé par Kigali de participation au génocide des tutsi en 1994, est-il le cadeau dans la corbeille de la mariée que Nicolas Sarkozy compte offrir à Paul Kagamé, lors de son voyage officiel dans la capitale rwandaise fin février ? Il est en effet troublant de constater que, c'est à l'aurée du premier voyage officiel d'un président français au Rwanda depuis le génocide de 1994, que l'on pense à régler le cas de ce médecin, praticien depuis huit ans aux urgences de l'hôpital de Villeneuve-sur-Lot, contre qui une première plainte avait été déposée en 1995 par un collectif de parties civiles, et recherché activement par Interpol, sur demande du gouvernement rwandais, depuis 2006. Arrêté mercredi 20 janvier dans la banlieue bordelaise, Sosthène Munyemana a été déféré devant le parquet général de Bordeaux. Placé sous contrôle judiciaire, il lui a été notifié une convocation devant la chambre d'instruction extraditionnelle de  la cour d'appel de Bordeaux. Sosthène Munyemana n'est pas le seul médecin, accusé de génocide, à exercer son art en France.
Un autre médecin rwandais, Eugène Rwamucyo, recherché pour crime contre l’Humanité par Interpol, au motif qu’il aurait participé au génocide rwandais de 1994, exerçait tranquillement sa médecine à l’hôpital de Maubeuge depuis 2008. Démasqué par une infirmière en novembre dernier, il a depuis été suspendu. Autre cas d'école : Charles Twagirwa, contre qui une plainte a été déposée pour « crime de génocide, complicité de génocide, et complicité de crime contre l’humanité » le 30 novembre dernier. Médecin au service des urgences d’un des centres hospitaliers universitaires de Rouen, cet exilé rwandais fut le directeur de la région sanitaire de Kibuye, région où des dizaines de milliers de personnes furent massacrés en 1994, y compris au sein de l’hôpital. C’est un de ses confrères allemands, le docteur Wolfgang Blam, avec qui il exerçait jusqu’en 1994 à l’hôpital de Kibuye, qui l’a dénoncé. Le Dr Charles Twagirwa, après avoir fui le Rwanda en 1994, était exilé en France depuis 2006. A Rouen, il fréquentait notamment l’association pour la promotion de la culture rwandaise (APCR), dont était membre, entre autres, le docteur  Eugène Rwamucyo, de Maubeuge…
Au-delà du monde médical, la France héberge encore une quinzaine de Rwandais recherchés pour leur participation au génocide. La commission d'enquête citoyenne en a publié une liste succinte : "
  • Munyeshyaka et Bucyibaruta seront jugés en France
  • Dominique Ntawukuriryayo sera remis au TPIR
  • Eugène Rwamucyo, Cyprien Kayumba, Laurent Serubuga *, Sosthène Munyemana sont visés par des plaintes déposées en France et "endormies"
  • Agathe Kanziga (épouse du président Habyarimana) est l'objet d'une plainte déposée par le CPCR Elle a été refusée par la CRR* avec une justification de décision qui est en lui même un acte d'accusation particulièrement grave
  • Marcel Bivugabago, Claver Kamana, Isaac Kamali seront extradés vers le Rwanda
  • Pierre Tegera a vu la décision de la CRR* cassée le 19 janvier 2006 par le Conseil d'Etat"
Cette arrestation va de pair avec la création d'un pôle "génocide -" au TGI de Paris. La France aurait-elle décidé de faire toute la lumière sur ses relations dangereuses avec l'ancien pouvoir rwandais ? Pas sûr... La plainte déposée en 2006 au tribunal des armées contre des militaires français n'a pas avancé. Et il serait paradoxal qu'un pouvoir, qui refuse tout acte de repentance, reconnaisse ses torts dans un dossier aussi sensible que le génocide rwandais. Pour ces raisons, la visite de Sarkozy au Rwanda est des plus attendues. Tant par les Rwandais, d'ailleurs, que par les politiques et militaires français mis en cause par Kigali pour leur participation présupposée au génocide. Parmi eux, on compte un certain Dominique de Villepin...
Jean-Bernard Gervais
Jean-bernard Gervais