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Kagamé acclamé par la diaspora, vilipendé par RSF et Human right watch

C'est une visite sous haute surveillance que le président rwandais Paul Kagamé a rendu à la diaspora rwandaise, dimanche 11 septembre, venue de 16 pays d'Europe et d'Afrique (France, Belgique, Italie, Norvège, Malte, Mali…). Tout autour des docks d'Aubervilliers (93, Seine-saint-denis) où se déroulait la manifestation, des dizaines de cars de police et de gendarmes étaient déployés, pour empêcher toute manifestation d'opposants. Ce qui n'a pas empêché une cinquantaine de Congolais de se réunir devant les docks, pour dénoncer les crimes supposés de Paul Kagamé et de l'armée rwandaise, en République démocratique du Congo.

Trait d'union

"Trait d'union", tel fut l'expression emblématique de Kagamé, qui a jalonné son discours du début à la fin. Trait d'union entre les Rwandais, d'une part, quel que soit leur ethnie. "Nous n'avons pas les mêmes faciès, nous n'avons pas les mêmes habitudes, mais la politique constructive que nous mettons en place permet de revendiquer un droit à la différence, tout en soulignant l'unité du peuple rwandais." Trait d'union entre la France et le Rwanda, entre Sarkozy et Kagamé, qui tentent d'aller au-delà du fossé qui séparent ces deux pays : "Nous travaillons ensemble pour échapper à l'histoire". Trait d'union, enfin, entre les riches et les pauvres. Kagamé a exhorté ses concitoyens à participer à la lutte contre la pauvreté, qui reste la principale plaie béante du Rwanda. Et de citer en exemple les initiatives rwandaises en la matière : octroi d'une vache à chaque foyer pauvre, dons des entrepreneurs rwandais en faveur des plus pauvres… Autre thème de prédilection : le combat pour le développement. "En 50 ans, depuis les indépendances, certains pays, comme les tigres d'Asie, ont réussi à se développer. Nous devons dans 50 ans développer notre pays. Je ne connais aucun Rwandais qui souhaite se coucher le ventre vide…"


Ironie
Si Kagamé s'est posé en réconciliateur, il n'en a pas moins fait montre d'une ironie mordante contre ses détracteurs. Jugeant les critiques qu'on lui assène au sujet des droits de l'homme ou de la liberté de la presse, Kagamé a rappelé que "plus qu'aucun autre, il connait les conséquences du déni de justice". En faisant référence à sa condition de réfugiés.

Et de se moquer des "donneurs de leçon" européens, qui critiquent les mesures prises par le Rwanda en matière de presse, par exemple, mais censurent dans leur pays les journalistes… Mais, comme pour donner raison aux donneurs de leçon, alors que le président rwandais prononçait son discours, des journalistes du site jambonews.net, très critique vis-à-vis de Kigali, se faisaient refouler à l'entrée de la salle des congrès. Motif invoqué par la sécurité : trop de critiques contre Kagamé...

Opportunités d'affaires
Avant que d'applaudir Paul Kagamé, les Rwandais de la diaspora ont pu visiter l'exposition d'une quinzaine de stands d'entreprises rwandaises, spécialement dévolue à la diaspora : ban of Kigali, Kagarama Apartments, Logements de la caisse sociale du Rwanda… Les opportunités d'affaires semblent pléthores au Rwanda. Et la délégation qui accompagnait Kagamé l'a répété à longueur de discours, dès 16 heures, devant quelque 3000 Rwandais. "Qu'il s'agisse de l'immobilier, du secteur de l'énergie, de l'agriculture ou de l'horticulture, des NTIC, les opportunités d'affaire sont nombreuses", a plaidé Vivianne Kayitesi, du Rwanda Dévelopment board. "Le Rwanda en terme de parité au Parlement arrive à la première position mondiale. Nous sommes classés deuxième en terme de transparence à l'échelle mondiale", a ajouté Anastase Shiaka, du Rwanda gouvernance advisory council.



Car la visite de Paul Kagamé en France est avant tout placé sous le signe du business et du développement. Etrangement, d'ailleurs, tant les problèmes diplomatiques entre le Rwanda et la France restent prégnants, Si le juge Marc Trévidic a revu de fonds en combles les accusations lancées par son prédécesseur le juge Bruguière contre le président rwandais et une dizaine de hauts officiers rwandais, accusés d'avoir fomenté l'attentat contre l'ancien président rwandais Juvenal Habyarimana en 1994, le rapport rwandais Mucyo, qui accuse des personnalités politiques françaises, comme Alain Juppé l'actuel ministre des affaires étrangères, mais également une dizaines de militaires dont le général Lafourcade, de complicité de génocide contre les tutsis, n'a pas été désavoué par le président Kagamé…

Clash avec Human right watch

Le lendemain devant un parterre trié sur le volet d'une centaine d'invité, Paul Kagamé a prononcé un discours à la tonalité très panafricaine sur le devenir de l'Afrique dans le mouvement de globalisation. Mais, interrogé par une représentante de Human Right watch, sur la situation des droits de l'homme jugée déplorable, Kagamé n'a pu s'empêcher de faire preuve d'ironie, en notant  : "Il n'y a guère que Human Right watch qui ne constate aucun progrès au Rwanda". Emboitant le pas à Human Right watch, Ambrose ??? de Reporters sans frontière, a quant à lui interrogé le président sur la fermeture de deux journaux en 2010 (Umuvugizi et Umuseso), l'emprisonnement de deux femmes journalistes, et la fuite d'un certain nombre d'entre eux, suite aux intimidations dont les journalistes semblent être victimes au Rwanda. Beaucoup plus ferme, le président lui a répondu "qu'il n'avait aucun compte à lui rendre, qu'il n'avait de compte à rendre qu'aux Rwandais". Pour le moins, Kagamé n'est pas prêt de s'en laisser compter sur les sujets sensibles, qu'il a pu élaguer en quelques mots. Les relations avec la RDC ? Au beau fixe. Et avec la France ? Ca s'améliore….


Jean-bernard Gervais