Kagamé à Paris : visite annulée ou repoussée ?
La blogosphère ne bruisse plus que des rumeurs d'annulation de la visite du président rwandais Paul Kagamé à Paris. Invité concommitamment par le Medef et le gouvernement français, le président rwandais devait être reçu à Paris en mars, voire en avril. Parallèlement une délégation du Medef doit se rendre au Rwanda à la mi-mars. Mais patatras ! Depuis quelques jours, une rumeur persistante fait état de l'annulation du voyage de Kagamé à Paris. Lancé par l'ancien ministre des affaires étrangères Jean-Marie Vianney Ndagijimana, cette rumeur a ensuite été reprise par le blog d'extreme droite Medias France Libre, pour ensuite faire l'objet d'un article sur le site des Geeks owni. Contacté par Grandslacs.info, l'ambassade du Rwanda en France n'a pas répondu à notre demande, pas plus d'ailleurs que le Medef. De nouveau contactée, l'ambassade du Rwanda, arguant de la réciprocité des relations diplomatiques, assurait que cette visite n'était pas annulée, mais qu'aucune date n'avait été fixée. Si, en tous les cas, il était prévu dans un premier temps de l'organiser en mars, il est fort probable qu'elle soit repoussée sine die. A celà, plusieurs raisons. Le climat instable dans la région des grands lacs n'encourage pas aux longs déplacements. Faut-il le rappeler ? Le président Joseph Kabila a semble-t-il été victime d'une tentative de coup d'Etat le 27 févier dernier. Mais aussi, l'arrivée au quai d'Orsay d'Alain Juppé, qui occupa le même poste entre 1993 et 1995, n'est pas pour rassurer le pouvoir rwandais : Juppé, loin s'en faut, n'est pas un ami du FPR. Il est de ceux qui n'ont jamais voulu reconnaitre les responsabilités de la France dans le génocide de 1994. Kagamé, on peut le comprendre, ne souhaite pas se jeter dans la gueule, et attend pour voir... Autre événement, qui peut encourager le report du voyage en France du président rwandais : le rendu des conclusions du rapport Trevidic sur l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvenal Habyarimana. Si certaines sources incriminent l'entourage proche du président rwandais, d'autres font état de l'abandon de la thèse de Jean-Louis Bruguière par Marc Trévidic. Pour appuyer leurs dires, ils s'appuient sur l'audition de James Kabarebe par Trévidic au Burundi, qui a permis semble-t-il de laver de tout soupçon les six mis en examen proches de Kagamé, dont Jack Nziza et le lieutenant-colonel Charles Kayonga. Mais encore faut-il en avoir la certitude, et attendre que le juge rende son verdict avant tout déplacement à haut risque...
Jean-bernard Gervais