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Film : lignes de front

Image removed.De Jean-Christophe Klotz, on connaissait un ouvrage, une monographie sur le Rwanda, et un superbe documentaire sur le génocide, « Kigali, des images contre un massacre ». L’ancien journaliste, devenu documentariste, passe le pas et se lance dans la fiction avec « Lignes de front », un long métrage dont la thématique apparente est, une fois de plus, le génocide rwandais. Apparente, car en filigrane le cinéaste s’attache avant tout à tracer les limites du boulot de reporter, à dévoiler la vanité du métier de journaliste.

L’histoire : en 1994, Antoine Rives, journaliste indépendant (interprété par Jalil Lespert), part au Rwanda filmer en direct la tragédie du génocide des tutsis en train de s’accomplir. Il a l’idée de suivre un jeune Rwandais, étudiant en France, qui part rejoindre sa fiancée, tutsie, au Rwanda, dont il n’a plus de nouvelles. Sur place, il découvre l’horreur, personnifiée dans le personnage de La Bête, un milicien sanguinaire, interprété par Eriq Ebouaney. Il constate l’abandon dans lequel est tenu le général Hillaire, chef de la mission de l’Onu, qui campe le rôle du véritable général canadien Dallaire, présent au Rwanda en 1994. Et prend conscience du rôle plus qu’ambigu que joue la France au Rwanda, son pays acclamé par les Interahamwe. De retour en France, son reportage est diffusé, rencontre même un franc succès, mais les massacres se poursuivent. Il décide alors de retourner au Rwanda, pour tenter naïvement d’inverser le sens de l’histoire. Réflexion sur les images, leur pouvoir, et leur impuissance, « Lignes de front », plus qu’une fiction est une réflexion sur le rôle des médias. Sur ce quatrième pouvoir, qui n’en est pas un. Malheureusement, les ressorts de la fiction ne sont pas utilisés à plein : malgré les prestations convaincantes de Jalil Lespert, Eriq Ebouaney, Philippe Nahon, l’intrigue ne convainc pas. Et les personnages manquent de chair. Reste l’évocation, trop peu souvent filmée, d’une des plus grandes tragédie qu’ait connu l’humanité au XXe siècle. C’est déjà ça.
alain