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Attentat contre Habyarimana : les mystifications de Bruguiere & co réduites à néant

Image removed.Si la remise du rapport d'expertise, le 10 janvier dernier, sur l'attentat contre l'avion du président Juvenal Habyarimana le 6 avril 1994, ne clôt pas l'enquête menée par le juge Marc Trévidic, elle réduit à néant, tout du moins, le réquisitoire du juge Bruguière, qui désignait en son temps le FPR comme l'instigateur de cet assassinat.

Selon un communiqué de presse diffusé par les avocats français des neuf Rwandais mis en cause par le juge Bruguière (James Kabarebe, Faustin Nyamwasa, Charles Kayonga, Jack Nziza, Sam Kaka, Rose Kabuye, Jacob Tumwine, Franck Nziza, Eric Hakizimana), les conclusions des experts sont sans ambages : "l’hypothèse d’un tir provenant du camp de Kanombe, alors contrôlé par les extrémistes hutu de l’ancienne armée rwandaise et par leurs conseillers européens, est confirmée par l’expertise.

La responsabilité du FPR dans cette attaque se trouve, par conséquent, écartée." Rappelons que le juge Bruguière, sans avoir ordonné la moindre commission rogatoire ni même lancé la moindre expertise, avait accusé le FPR d'être à l'origine de l'attentat contre Juvenal Habyarimana. Dans la foulée, il avait lancé fin 2006 neuf mandats d'arrêts internationaux contre les Rwandais cités plus hauts. Le gouvernement rwandais avait aussitôt réagi en rompant les relations diplomatiques avec la France, lesquels seront reprises en 2010.

En signe de représailles, le Rwanda avait rendu public en août 2008 les conclusions de la "Commission nationale indépendante chargée de rassembler les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994", dite commission Mucyo.

Ses conclusions accusaient 13 personnalités civiles et 20 militaires français de complicité de génocide : parmi elles, l'actuel ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, l'ancien président François Mitterrand, Dominique de Villepin, le général Christian Quesnot, le capitaine Grégoire de Saint Quentin… Paradoxalement, c'est, entre autres, grâce au témoignage de Grégoire de Saint Quentin, maintenant général en poste à Dakar, que le juge Trévidic en est arrivé à la conclusion que les tirs de missiles avaient été tirés à partir du camp militaire de Kanombé, qui hébergeaient le haut commandement hutu à l'origine du génocide rwandais. En effet, Saint Quentin, alors coopérant militaire au service des Forces armées rwandaises de l'époque (FAR), était l'un des seuls militaires français présents à Kigali la nuit du 6 avril 1994.

A ce titre, Saint Quentin a parfaitement entendu les tirs de missile qui ont abattu l'avion du président rwandais. Selon les acousticiens, membres de la commission d'experts missionnée par Trévidic, le témoignage de Saint Quentin prouve sans discussion possible que les missiles ont été tirés à partir du camp militaire de Kanombé. Les conclusions de cette commission d'expertise sont historiques. Elles anéantissent les thèses de ceux qui accusaient le FPR de cet attentat, le rendant ainsi responsables du génocide des tutsis du Rwanda…

En effet, le politologue, expert de l'Afrique des Grands Lacs, Filip Reyntjens avait accueilli très favorablement les conclusions du rapport Bruguière. Tout comme Claudine Vidal, qui avait préfacé le livre du lieutenant Abdul Ruzibiza, ancien lieutenant rwandais maintenant décédé, lequel accusait Kagamé d'avoir été l'instigateur de l'attentat contre Habyarimana, avant de se rétracter, puis de revenir sur ses propos.

Il s'agit, enfin, du professeur André Guichaoua, qui, dans son dernier opus, "Rwanda, de la guerre au génocide", accusait le FPR d'être à l'origine de l'attentat, en s'appuyant sur des témoignages controversés, dont celui de Seth Sendashonga, ancien ministre de l'intérieur rwandais assassiné à Nairobi en mai 1998. Extrait de son essai : "L'hypothèse de la responsabilité du FPR prit cependant une consistance particulière à Kigali le 23 mars 1995, lors d'une longue discussion avec le ministre de l'intérieur, Seth Sendashonga, qui me fit part de soupçons précis formulés par plusieurs dirigeants civils et militaires du FPR vis-à-vis de membres du noyau central de l'APR." Contacté par grandslacs.info avant que les conclusions du rapport Trévidic ne soient connues, André Guichaoua avait répondu favorablement à notre demande d'interview. Maintenant que les conclusions dudit rapport invalident sa thèse, André Guichaoua est aux abonnés absents…

Jean-bernard Gervais