Amnesty International condamme la loi sur la répression du génocide
"Nous avions invité Amnesty international à venir discuter de cette loi, en vue d'une éventuelle révision. Mais comment collaborer honnêtement avec une ONG de défense des droits de l'homme qui publie des rapports aussi sensationnalistes ?" Que dit ce rapport ? Que l'ambiguité et le flou de la loi fait peser de lourdes menaces sur la liberté d'expression garantie par ailleurs par la constitution rwandaise. Potentiellement, la loi criminaliser des poilticiens dissidents, ou des journalites, ainsi que des ONGs. Amnesty pointe du doigt une grande faiblesse de cette loi : elle est dans l'incapacité de définir précisément ce qu'est "l'idéologie du génocide". Ce qui entraine immanquablement des bavures. A l'appui de sa démonstration, Amnesty cite de Victoire Ingabire et de Bernard Ntaganda, respectivement présidente du parti d'opposition FDU-Inkingi, et président du parti social PS-Imberakuri. Selon Amnesty, le discours qu'a prononcé Victoire Ingabire à Gisozi en juin 2010, et qui lui vaut son inculpation n'est pas en soi un discours de haine. La loi sur le génocide sert aussi à discréditer des associations gênantes. Régulièrement Amnesty et Human Rght watch sont accusés par le gouvernement rwandais de propager une idéologie génocidaire. Les médias ne sont pas non plus épargnés. Le 25 avril 2009, BBC Kinyarwanda a été suspendu, suite à une émission où Faustin Twagiramungu, ancien premier ministre, affirmait que tous les Hutus n'avaient pas participé au génocide. Louise Mushiwikwabo avait aussitôt dénoncé cette émission comme étant sédieuse et porteuse de messages codés incitant au génocide. La justice fait aussi les frais de cette loi. Ainsi le Tribunal international pour le Rwanda rechigne à transférer des détenus vers le Rwanda, arguant que les témoins de la défense pourraient être poursuivis en vertu de cette loi. L'historienne Alison Desforges, experte auprès du tribunal international pour le Rwanda, a ainsi été accusé de propager l'idéologie du génocide pour avoir dénoncé l'insuffisance de la justice rwandaise pour juger des cas de génocide. Amnesty recommande donc urgemment au gouvernement rwandais de révise cette loi, de réaffirmer la liberté d'expression.
Jean-bernard Gervais